Raymond n'est pas le seul à n'avoir aucun crédit (cf la vidéo ci-dessus), moi aussi et doublement ! Je m'explique.

Je suis arrivé aux États-Unis avec un peu plus que ma bite et mon couteau, mais en tout cas sans la moindre dette, ce qui ferait de moi, du moins en France, un bon payeur. En théorie. En pratique, un loueur va demander à son futur locataire ses dernières fiches de paye + son avis d'imposition + la même chose à chacun de ses ascendants directs assortie d'une caution solidaire (heureusement que tous les propriétaires - y compris mon ex - ne sont pas aussi exigeants), une agence de crédit va généralement demander quelques renseignements et effectuer une vérification auprès de la Banque de France dans le fameux Fichier des Incidents de Remboursements des crédits aux Particuliers (à noter que ce fichier ne contient que les incidents, pas les montants en jeu).

Ici, les gens délèguent l'évaluation de la solvabilité d'une personne en demandant une vérification du credit score ou historique de crédit. Le credit score, c'est quoi ? c'est un nombre de points qui permet d'évaluer si la personne en face de vous vous paiera rubis sur l'ongle ou deviendra vite le meilleur ami des sociétés de recouvrement. Magie d'internet, il suffit de remplir un formulaire avec le nom et le numéro de sécurité sociale de la personne, et hop, le score s'affiche en quelques minutes (contre paiement bien entendu). Par défaut, on commence bas (pas tout en bas, mais pas suffisamment haut pour que la personne en face de vous ne vous fasse son plus beau sourire), on perd des points quand on prend un crédit, encore plus quand on ne le rembourse pas, et on gagne des points quand on rembourse le crédit en question (normalement plus que ce que l'on a perdu en le prenant). Le point important donc : pour être considéré comme un bon payeur, il faut prendre des crédits (ou au moins ouvrir une ligne de crédit) et les rembourser, tout payer comptant ne suffira pas !

Ce credit score n'est pas attribué par une agence unique comme la Réserve Fédérale, mais par des agences privées pour la plupart. Les trois principales aux US sont Experian, Equifax et TransUnion (avec chacune sa propre notation, en plus d'une notation quasi standard : le FICO). Malheureusement, pour le commun des mortels, le calcul est une grosse boîte noire et il faut donc se contenter de vérifier son score gratuitement une fois par an. A noter que ce système ne s'applique pas qu'aux particuliers : remplacez particulier par état, Experian, Equifax et TransUnion par Fitch, Moody's et Standard & Poor's, et vous comprenez vite pourquoi certains pays ont de plus en plus de mal à obtenir un crédit à la consommation.

Ce credit score est donc un précieux sésame, vérifié par de nombreuses personnes à la moindre occasion : en plus des banques et des assurances, on retrouve l'employeur, le propriétaire, les agences de service (électricité, téléphone, ...) avec comme principale conséquence d'un mauvais score le refus de répondre favorablement à votre requête, ou alors en échange d'une grosse caution !

A titre perso, et bien que n'ayant aucun crédit en France en cours, je pars donc de bas. La situation n'est pas totalement désespérée puisque ma banque locale devrait m'octroyer sous peu une carte de crédit qui contrairement à une carte de débit (ie une carte à débit immédiat avec vérification obligatoire du solde), est une carte de paiement à débit différé, assortie d'une réserve d'argent adossée à un crédit à la consommation (utilisée quand à la fin du mois, on ne paye pas l'encours). Avoir une carte de crédit c'est bien : cela signifie qu'une banque vous fait confiance et cela vous rapporte des points ! Ma banque me fait tellement confiance que la première année, le taux du crédit est de 0% (je vous rassure, l'année suivante, il passe à 12%), si bien qu'on aurait presque envie de placer l'argent que l'on peut emprunter. Oui mais trop emprunter dans cette réserve, cela fait baisser le score. Choix cornélien... Au final, en attendant de faire un high-score, je vais devoir sérieusement mettre la main au portefeuille.